J'avais passé les dernières semaines à stresser en me disant que je n'étais pas prête, qu'il me manquait plein de choses pour l'accouchement, bref, à angoisser car il n'était pas encore temps
dans ma tête pour que Tomy naisse. Ca avait été un peu pareil pour Noa 3 ans avant.
J'aime être enceinte et sentir mes bébés en moi, les garder précieusement contre mon coeur, en sachant que je les protège du monde extérieur. Alors, bien sûr,
l'idée de les laisser sortir pour les partager avec le reste du monde ne vient pas comme ça...
Et puis, quelques jours auparavant, ça allait mieux : comme on venait d'acheter une maison et qu'on devait déménager 15 jours environ après l'accouchement, Cédric
était à fond dans les travaux et on venait de décider que ce serait bien que Tomy arrive le 26 ou le 27 juillet. J'avais besoin de ça pour me rassurer, d'une date qu'on aurait choisi, comme on
l'avait fait pour Noa, même si on savait bien qu'on n'avait aucune prise là-dessus.
Le mardi 20, j'ai eu une crise hémorroïdaire terrible, et je me disais que cela devait être le bébé, vu que depuis quelques jours, miracle, plus de constipation.
La nuit a été très pénible, je ne pouvais pas dormir, j'avais très mal. Ceux qui n'en ont jamais eu ne doivent pas comprendre, mais c'est vraiment très douloureux. Au matin, vers 7h20, je fais
un mouvement et je sens du liquide. Je me dis que c'est une petite fuite urinaire et en me mettant debout pour vérifier, ah non, je perds les eaux.
Je secoue Cédric pour lui dire : " Oh non "… Il me refait exactement la scène de Noa : perte des eaux sans contraction, réveil du bonhomme et " oh non " de sa
part, tout endormi… Comme une impression de déjà vu. Je me mets juste à espérer que le travail sera moins long que pour Noa, car j'ai toujours en tête le protocole de l'hôpital où j'avais
accouché et je me dis que j'ai 24h pour faire naître mon petit.
J'appelle G., ma sage femme pour lui dire. " T'as pas la voix d'une femme qui accouche " Non, en effet, je n'ai aucune contraction, juste toujours très mal aux
fesses à cause de ces bon dieu d'hémorroïdes. On convient donc qu'elle passera dans la matinée. J'appelle ensuite Isabelle, celle que j'ai choisi pour être prêt de moi, pour m'accompagner et
éventuellement gérer Noa s'il était là.
" Isa, j'ai perdu les eaux ", " C'est vrai ? Non, tu rigoles… ". Pourquoi les gens ne me croient jamais quand je dis ça, à 8h du matin… Elle me dit qu'elle
prévient son boulot qu'elle ne vient pas et qu'elle sera là dans 1h.
On prépare Noa pour aller chez sa nounou en lui disant que peut être quand il rentrerait ce soir, le bébé sera là. Cédric l'emmène et je continue à fuir. Je sais
pour l'avoir vécu pour Noa que je vais perdre les eaux comme ça jusqu'à ce que j'ai accouché. Heureusement, j'ai un bon stock de serviettes…
Isa arrive, on discute, G. arrive aussi, on fait un peu le point. Elle ne m'examine pas, pas la peine, ça n'a pas l'air très avancé, on ne peut toujours pas dire
que j'ai des contractions. J'ai du mal à marcher, oui, mais toujours à cause de mes problèmes d'hémorroïdes qui vont durer jusqu'en début de soirée.
La journée passe doucement. On discute, Isa, Cédric et moi. Je prend l'homéopathie que m'a donné G. pour aider le travail à se mette en route, ils me massent avec
le mélange d'huile que j'avais préparé pour l'accouchement, je marche… Pas grand-chose semble bouger, j'ai des contractions, quelques unes, pas régulières, pas douloureuses. Je me bloque un peu
car j'ai peur des hémorroïdes, peur d'avoir trop mal lors de la poussée… Ca avait été ma crainte durant la grossesse et ça ressort à présent. Finalement, je me détends à ce niveau, j'ai moins
mal. Les contractions arrivent un peu, mais toujours pas régulières.
On va tous chercher Noa, la nounou me voit " ben alors Claire, il est toujours pas là ? " Eh oui, c'est ce que tout le monde me répète au téléphone tout au long de
la journée. Je commence à penser au compte à rebours, ces fameuses 24h que j'ai en tête. Ca me fait peur, je ne veux pas aller à l'hôpital…
G. appelle pour savoir ou j'en suis, si elle peut rentrer chez elle ou si c'est imminent. Ca ne l'est pas, on décide qu'elle rentre. Avec Isa, nous allons faire
une grande balade pendant 2 heures, environ. On parle tranquillement, de nos accouchements respectifs, de mes peurs… Je sens que ça bouge, les contractions commencent à être sérieuses. Je suis
contente, en plus, j'arrive à marcher à peu près normalement.
On rentre pour manger avec mes hommes, il est près de 21h30. Je me dis qu'à l'hôpital, je ne pourrais pas vivre ces moments avec eux, ni manger le repas que mon
amoureux nous a préparé. Il est allé faire des courses pour nous préparer un bon dîner, le dernier avec un seul de nos fils. Je me dis que n'importe comment, demain, le petit frère de Noa sera
avec nous. C'est une grande étape pour lui aussi. Lui qui n'est pas propre qui n'a jamais fait dans le pot ou les toilettes de lui-même, voilà que durant le repas, il va faire pipi dans la
cuvette. Comme nous sommes tous fiers !!!
Je me sens bien, entourée d'amour, celui de mes hommes et celui d'Isa, qui me soutient de sa présence. J'ai confiance en eux, je me dis qu'il reste encore pas mal
d'heures et que tout ira bien.
Mais malgré tout, les contractions me semblent moins régulières. Isa essaie de me rassurer, on ira encore marcher plus tard. Tout au long de la journée, j'ai parlé
à Tomy en lui disant comme j'ai hâte de le rencontrer et comme je suis heureuse de sa venue. Là, je commence à lui demander de m'aider pour qu'on puisse l'accueillir comme on le souhaite.
Cédric va mettre Noa au lit et il finit lui aussi par aller se coucher. Il est très fatigué, je le comprends mais je lui en veux un peu. Enfin, en fait, il sait que je ne suis pas seule puisque
Isa reste avec moi. Mais je suis fatiguée aussi, j'ai si peu dormi la veille. Pourtant, je ne peux pas me permettre de rester allongée, il faut que j'aide mon corps à s'ouvrir pour mon bébé. Et
ça n'a pas l'air très bien parti. A 23h, je vais faire 3 kilomètres de vélo elliptique, je suis épatée d'être capable de tenir 10 minutes dessus, je ne pensais pas avoir encore du souffle. Tomy
doit avoir la tête qui tourne avec tout cet oxygène. On ressort marcher Isa et moi, il fait nuit, c'est calme, comme si le monde nous appartenait. C'est un beau moment, je le savoure. Tomy
s'agite toujours dans mon giron, je regarde mon ventre se déformer, un peu nostalgique en pensant que bientôt il sera tout vide…
J'ai des contractions toutes les 5 minutes, je commence à y croire. Je dors un peu, en mettant mon réveil toutes les 30 minutes pour prendre l'homéopathie. Je sens
que les contractions s'espacent, alors, je retourne faire du vélo. Tout, je veux tout faire pour aider mon bébé. Je prends le tire lait, et je me mets à stimuler mes seins. Ca marche, j'ai plus
de contractions. Toute la maisonnée dort, je suis seule avec mon bébé, je lui parle… Mais il doit prendre des forces lui aussi, il ne répond pas. Puis, je vois arriver Isa, toute endormie. Elle
reste près de moi, se rendormant sur le canapé pendant que je regarde un DVD. Eh oui, à 3h du matin, y a pas de programme intéressant… Les heures passent, il est 6h, et les contractions
s'éloignent.
J'ai peur… Peur de devoir aller à l'hôpital, peur de ne plus être capable de protéger mon bébé contre les agressions qu'il risque de subir là bas, peur de ne pas
être capable de me protéger moi-même. Et je me sens si fatiguée… J'ai du dormir 5 heures en deux jours…
Vers 7 heures, on appelle G. Je tremble en lui parlant. Elle me répond, tranquille " oh, ce sera sûrement pour cet après midi ". J'ai donc du temps ??? Je ne suis
pas bloquée sur 24h ??? Quelle idiote j'ai été de ne pas lui en avoir parlé avant !!! D'un coup, je me sens complètement zen, rassurée. Il est 8h, et je vais dormir, sans plus aucun stress. Isa
me dit qu'elle va aller à son travail mais juste le matin. Elle reviendra en début d'après midi. Et G doit venir vers 12h30.
Je dors, bien, tranquille et me réveille vers 10h30. Surprise, j'ai des contractions toutes les 5 minutes. Mais je reste prudente. Je vais discuter un peu sur
l'ordi, à 11h30, avec des contractions toutes les 3 minutes, pas mal douloureuses, je décide de prendre un bain pour voir si elles persistent. Noa est chez la nounou, Cédric près de moi. A
11h50, les contractions sont toujours là, fortes présentes. Mais elles n'empêchent pas Tomy de remuer, et ça me remplit de joie. Mais je sens que ça pousse… J'attends, ça continue, du coup je
n'ose plus bouger… Je le dis à Cédric, qui ne sait pas trop quoi faire. G. arrive à 12h20, tous les deux m'aident à sortir de la baignoire. Je ne voulais pas le faire avant, de peur d'accoucher
avant l'arrivée de G…
Ils préparent notre chambre puisque c'est là qu'on a décidé d'accoucher, je me mets péniblement sur le lit… Les contractions tant attendues sont là, et elles
veulent me le faire savoir !!! G. m'examine : 4 centimètres… Elle m'annonce plutôt l'arrivée de Tomy pour la fin d'après-midi et me conseille de marcher. Pas facile pour moi de me remettre
debout… J'ai mal pendant les contractions et aussi entre. Ca me prend dans le dos. En plus les contractions sont à 2 minutes…
On décide de redescendre (la chambre est à l'étage) car G. et Cédric ont faim, ils veulent commander une pizza. Ils me proposent d'en choisir une aussi, mais
vraiment, là, manger n'est pas dans mes préoccupations. Je marche, je souffle, je m'étire, j'ai mal. Vraiment. Et je me dis que je ne tiendrais pas des heures comme ça, à ce rythme. Pour la
première fois, je me demande si je n'ai pas fait une bêtise… Je ne suis qu'à 4 cm, j'en ai encore pour des heures… Je ne pense pas réussir à gérer la douleur si longtemps.
Et mes reins !..... Sans compter que ça recommence à pousser. Je le dis à G, elle pense que peut être, c'est le bébé qui appuie sur le rectum. Mais c'est vrai
qu'on voit que mon ventre est encore haut, Tomy n'est pas descendu. J'allonge juste le haut du corps sur la table pour m'étirer. Mais je pousse en même temps… G. finit par me dire " Eh, pousse
pas trop quand même ! ". Mais je ne peux pas, c'est plus fort que moi. Je suis juste à l'écoute de mon corps, c'est tout ce que je peux faire… Elle me propose de me réexaminer, un peu pour me
faire plaisir… Je m'allonge sur le canapé (pas simple…) ; et elle me dit " ah oui, ça avance vite, t'es à 9… " Neuf ????? J'ai du mal à y croire, mais je comprends mieux pourquoi j'ai si mal…
Les contractions ont mis du temps à venir, mais une fois là, elles ne rigolent pas !!!
G. appelle Cédric pour qu'il nous aide à monter " c'est tout de suite si tu veux accoucher là haut ". J'ai du mal à me lever, je reste bloquée, appuyée sur la
table basse… " Laisse tomber,sinon, je t'accouche dans les escaliers ! Cédric, ramène tout ici, viiiiiiiiiiiiiiiite !!! "
Les voilà qui se dépêchent de protéger le canapé, mon Cédric qui pose la camera sur pied et lance la bande… Je me mets à 4 pattes et je pousse… Je m'entends crier,
j'ai un peu peur d'effrayer Cédric, mais je ne peux pas m'en empêcher. Ca m'aide, ce n'est pas vraiment que ce soit douloureux, ce stade est dépassé… Je pousse 3 fois et je sens qu'il sort… Je
sens que ça bruuuuuuuuuuuuuuule… C'est la tête et d'ailleurs mon cri est différent… Entre les contractions, ça va… Mais je sens, oui, mon bébé ça y est, il sort…. Il
soooooooooooooooooooooooooooort, il glisse de moi, et tombe dans les bras de son papa. Et la douleur est finie, plus rien, juste mon petit bonhomme qui est là, tout surpris de la rapidité… Il
est 13h13… Il est beau, tout lisse, pas fripé, mais en même temps, il n'est pas du tout resté dans la bassin, il y a fait un passage éclair… Il n'est pas sale, juste superbe… D'ailleurs, il ne
prendra un bain que 4 jours plus tard.