Ces douleurs qui nous restent d'une naissance...

Publié le par Claire / Jellylorum

Hier, j'ai eu le bonheur de déjeuner avec deux femmes magnifiques. L'une d'elle a vécu un accouchement absolument atroce pour son fils. Vraiment que je crois que ça aurait pu difficilement être pire. Les actes ont été douloureux et toute l'équipe, inhumaine et irrespectueuse. Elle a été maltraitée dans son corps, dans sa chair et dans son statut d'être humain.
Mais le pire, c'est que lorsqu'elle a fait un courrier pour en parler, ce qu'elle a vécu a été nié. Non, ça ne s'est pas passé comme ça, non vous inventez... Encore une fois, elle n'a pas été considérée, et sa douleur, toujours très présente, a été jetée aux orties. Dans ces cas là, comment faire pour accepter son accouchement, pouvoir le digérer, vivre avec et transformer ce moment pour en faire une force? Comment simplement reprendre confiance?
Là en l'occurence, c'était extremement choquant, pour n'importe qui, mais je pense que quasiment toutes les femmes ont quelque chose de douloureux qui peut leur rester d'une naissance, surtout quand cette naissance semble "parfaite" pour notre entourage. Pour certaines, ce sera une épisiotomie, pour d'autre une peridurale trop dosée, avec l'impression d'être coupée en deux, pour d'autre qu'on aie habillé très vite leur bébé, avec l'impression qu'on leur présente un autre être et pas le petit nu et chaud qui vient de sortir d'elles...
Comment notre entourage, personnel et médical, reçoit ces moments qui restent en nous comme une plaie béante? Nous propose-t-on une écoute, nous sentons nous le droit d'en parler sans casser les pieds aux autres, alors que notre accouchement s'est siiiiiiiiiiiiiiii bien passé ?
Puisque nous allons bien, que notre enfant va bien, de quel droit nous plaignons nous ?? Ca aurait pu être tellement pire... Alors, on se tait, puisqu'on ne nous donne pas le droit d'avoir mal à notre accouchement. Pas le droit de dire combien on s'est sentie humiliée, infantilisée devant ces gens qui nous disaient qu'on ne savait pas pousser, alors qu'on était nue, jambes ouvertes, offertes à la vue de n'importe qui... Pas le droit de dire comme on s'est sentie petite fille lorsqu'on nous traitait de douillette... Pas le droit de dire que c'était horrible que cette peri n'est pas fonctionnée comme on nous l'avait promis... Pas le droit de dire comme on se sent faible d'avoir accepté la peri...
On ne dit rien... Parfois, on ose pas avoir un autre bébé. Trop peur que ça recommence...
Ou un jour, on attend un autre bébé. Et ces douleurs qu'on pensait loin nous sautent au visage... Et on a peur, et on a mal...
Parce que la douleur ne se quantifie pas... On a beau nous dire que ça s'est bien passé, nous, nous avons eu ce moment ou,non, ce n'etait pas du bonheur. Et savoir que d'autre ont eu "plus" mal, ça n'y change rien. Car la vraie douleur pour moi, c'est celle que JE ressens, pas celle des autres. Et mon échelle de douleur psychologique et physique n'appartient qu'à moi.
Laissez nous dire ou et quand nous avons souffert. Etre entendues, comprises et acceptées, c'est ce dont les femmes ont besoin. La naissance nous transforme en mère définitivement, c'est un passage initiatique, et garder des cicatrices non refermées, c'est atroce.
Parfois, ça semble sans importance. Et pourtant, ce petit rien, pour CETTE femme, c'est une blessure. Et même dans les accouchements idylliques.
Pour la naissance de Noa, ma douleur, encore béante, ça a été les heures ou on me l'a pris pour le mettre sous lampe à cause d'un minuscule ictère. Il était seul dans cette boite en plexi, avec une alarme déreglée qui sonnait sans arrêt. Et moi je me faisais engueuler par les aides soignantes parce que je venais sans arrêt le voir (comme si j'avais mieux à faire qu'être pres de mon bébé). A present, Noa et moi avons un probleme de séparation. Pourtant, ça n'a duré que quelques heures, on m'a trouvée bien chochotte de faire un tel patacaisse de tout ça. D'autres l'ont très bien vécu, je le conçois. Pas moi.
Pour Tomy, naissance merveilleuse à la maison, ça a été de le laisser quelques instants entre mes jambes (j'ai accouché à 4 pattes), sans personnes qui le prenne ou le touche, car j'avais peur de l'ecraser. J'ai eu la sensation de l'abandonner en le laissant ailleurs que dans mes bras juste après sa sortie. Ca semble n'être rien. Et pourtant, poru moi, ça fait mal. Et quand on me dit que lui ne l'a surement pas mal vécu, que je lui ai offert une naissance en douceur, je ne me sens pas entendue dans ma peine. 
Chacune sa douleur, ce qui compte, c'est qu'on laisse les femmes la dire, en acceptant que pour elles, c'est une plaie, une souffrance...

Publié dans Doula

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Vanou 24/04/2009 21:18

Merci pour ce texte bouleversant ...parce que oui,çà m'a bouleversé ...merci de me donner l'espoir d'une 3eme accouchement "possiblement" humain grâce à ton témoignage . Finalement ,très sûrement ,j'ai ce qu'il faut en moi pour le vivre pleinement ,dans l'Amour ...

Rozen 30/01/2009 00:09

Tu décris tellement bien les choses, à chaque accouchement sa douleur... Et ne pas être entendue ou meme pire écoutée et la pire des souffrances. Lors de ma 2° grossesse, toutes mes souffrances de mon 1° accouchement sont resorties et je les ai dit à tous, personne n'a eu le choix, impossible de me taire, il fallait que je m'exprime.
Résultat : un accouchement avec une sage femme extra qui a bien prix en compte mon passé et mes désirs, m'a écouté et comprise, on a pu réalisé un projet de naissance en duo, ce fut un moment extra, ca m'a un peu réparé mon 1° accouchement meme si pour mon 2° j'ai quand même quelques blessures (mais pas du a la sage femme qui m'a accouché mais à l'équipe précédente).
Pour le prochain je rêve d'un AAD.

Claire / Jellylorum 30/01/2009 17:29


Rozen, je susi heureuse que tu aies pu penser les blessure de cette premiere naissance. Il n'y a pas de raison que pour la prochaine grossesse,
tu ne puisses avoir ton AAD. Tu y arriveras,..


Aurore 22/06/2008 00:22

Cet article est très bien ecrit, emouvant et tellement juste... Moi aussi je me sens concernée, comme sans doute toutes les femmes, tu as raison. J'ai pourtant eu un accouchement "de rêve" et surtout très rapide : 4 h entre les premières contractions et la venue au monde de ma puce... J'ai été soutenue et encouragée, je n'ai pas eu d'episio etc...pourtant moi aussi je regrette deux-petites-choses : déjà d'avoir demandé la péridurale alors que j'aurais pu m'en passer. Mais surtout le gros bémol : le liquide amniotique était teinté : ma puce avait fait son méconium dedans, signe de souffrance foetale. Ce qui fait qu'il a fallu l'aspirer après sa naissance, et même si ça n'a duré que très peu de temps, je ne l'ai pas eu de suite sur moi et je ne l'ai pas bien vécu. C' est con mais c'est comme ça.(Si tu veux, le recit est ici : http://sashaetnous.canalblog.com/archives/2007/12/14/7233356.html#comments)
Merci d' avoir touché du doigt quelque chose de si juste avec ton article...

Claire / Jellylorum 23/06/2008 00:12


Aurore, je vais tenter de prendre le temps d'aller lire ton récit... Je trouve très dur qu'on n'ai pas la liberté de dire ce qui nous a marqué
négativement dans la naissance, qu'on ne doive etre qu'heureuse, meme si certaines choses, bénignes en apparence, nous restent sur le coeur...