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Dimanche 5 avril 2009


Le temps m'a manqué pour continuer les témoignages sur le deuil périnatal, mais j'en ai malheureusement encore beaucoup à vous faire partager.
Aujourd'hui, c'est Anne Laure qui vous livre son histoire. Après la fausse couche qu'elle raconte ici, elle a eu beaucoup de mal à tomber à nouveau enceinte. Mais je suis très heureuse de vous annoncer qu'après bien des souffrances, elle attend un petit bébé pour la fin de l'année.


Une petite perte de sang en milieu de cycle, des seins soudains énooormes et des envies pressantes de faire pipi toutes les 5 minutes… Nous avons su très tôt que tu venais de te faire une place dans mon ventre. A la confirmation apportée par le test urinaire et la prise de sang, nous étions comme dans un rêve, nous ne touchions plus terre. Nous nous sommes précipités vers le téléphone pour l’annoncer à nos parents qui eux aussi attendaient cette heureuse nouvelle depuis longtemps.


J’avais passé des mois à lire, me documenter mais tout d’un coup je ne me projetais plus dans l’après-naissance : je ne sentais déjà tellement comblée, tellement bien. Je n’avais plus besoin de rêver : tu étais là. Mon mari aussi était heureux : un énorme bouquet de roses livré un matin, un power point sur notre vie de couple et son merveilleux accomplissement : autant de petites attentions pour me redire son amour.

Quelques jours ont passé. Un premier incident est arrivé : une agression dans la rue qui m’a laissé tremblante, traumatisé ; un passage aux urgences devant des premières pertes de sang, un interne qui ne voyait pas de bébé à l’écho. Puis les mots rassurants de la sage-femme et de ma maman : fais-toi confiance, écoute ton corps. Je continuais à me ruer sur la viande rouge et le jus d’orange et à courir faire pipi toutes les 5 minutes. Tu étais toujours bien là.
7 semaines : l’écho de datation. Nous te découvrons petite noisette dont le cœur bât bien. C’est la joie la plus totale.

Période de vacances : longue ballade en vélo et soudain de nouveaux des saignements. Crainte immense, culpabilité qui jamais ne s’en ira : et si j’étais restée tranquille au lieu de continuer à courir, nager, serais-tu encore là ?
J’ai mal au ventre mais les saignements s’estompent. On essaie de me rassurer : ça arrive de saigner en début de grossesse… Mais moi je sais, ce n’est plus comme avant : pourquoi personne ne veut-il me croire, m’entendre ? C’est moi qui te porte, je sais que tu n’es déjà plus en vie…

Nouveau déplacement aux urgences. J’en suis à 10 semaines pile. Ton rassurant de l’interne. Puis écho : je ne comprends pas l’image, rien ne bouge, où es-tu ? Le visage du jeune interne se décompose, sa voix s’étrangle (j’apprends par la suite que c’est la première fois qu’il doit annoncer une telle nouvelle). Il fait venir l’obstétricien de garde : « il n’y a plus d’activité cardiaque chez le fœtus. Quand voulez vous que nous programmions le curetage Madame ? » Le fœtus ? Il parle de mon enfant ! L’activité cardiaque ? De son cœur qui battait encore 3 semaines auparavant. Je suis en larmes, choquée, mon mari aussi. L’interne essuie ses yeux du revers de sa manche. Il a le cœur tendre. Je refuse le curetage, demande un protocole médicamenteux. L’obstétricien insiste, parle d’hémorragie, de douleurs, de prise de risque. Moi je ne pense qu’à lui que je veux accompagner jusqu’au bout. Il ne partira pas comme ça. Je le refuse.

Nous rentrons chez nous.

On est à la veille du 15 août, le protocole médicamenteux n'a été prévu que 3 jours après. Ma maman, ma belle-mère s’inquiètent de mon choix, craignent les conséquences.

Je suis épuisée : je les écoute et prend rdv pour le curetage. Je vis mal le fait de te savoir mort en moi et pourtant je redoute cette anesthésie ; me réveiller sans toi sans avoir eu la fin de l’histoire.

Et puis la nature en a voulu autrement. Mon corps a écouté mon cœur.

Je suis réveillée en pleine nuit 2 jours avant le curetage. La douleur était soudaine. Je perds une quantité de sang très importante. Mon mari est près de moi. Je sens son regard inquiet, désemparée. Ma maman aussi est là car on est en vacances chez mes parents. L'hôpital est à plus de 40 minutes de la maison. On choisit de rester. Une contraction est plus forte qu'une autre. Il y a quelque chose dans le papier quand je me suis essuyée. Ma maman me conseille de ne pas trop regarder. J'ai vu quand même. C'est violent mais je sais maintenant que cette violence était nécessaire. Puis la douleur s’arrête et les pertes de sang s’atténuent en quelques minutes. Cela ressemble juste à des règles.

Je ne suis pas sûre sur le moment que c'est fini. Le lendemain matin maman me dit qu'elle a enterré dans le jardin ce petit ange. Je réalise que tu es parti. Je l'a remercie de ce geste car sur l'instant j’avais trop mal pour penser mais maintenant cela me rassure de me dire que tu n’as pas fini son chemin de vie dans les toilettes.

Puis le lundi on se rend à l'hôpital pour le curetage. Je suis à jeun et j'ai pris une douche en me lavant à la bétadine rouge. J’ai peur. J'explique à l'interne ce qui s’est passé et il fait une écho avant l'intervention. A l'image, il n'y a plus rien, que de la muqueuse utérine épaissie. Il me félicite comme si je venais de passer un examen scolaire et me donne deux comprimés pour évacuer le reste.

On rentre chez nous. Je prends les cachets. La douleur est bien pire que l’expulsion naturelle. Je n’arrive pas à monter les escaliers qui me mènent à ma chambre. Mon mari doit me porter. Cela a duré 4 heures.

Le soir c'était fini. Je n'avais plus mal.

Seul mon cœur continuait de saigner.

Il saigne toujours.

C'était en août 2007. Tu t'appelles Gaël/le. Tu t'appelleras toujours comme ça.

 

Anne-Laure

Par Claire / Jellylorum
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Commentaires

Que de tristesse encore... j'espère que le petit frère ou la petite soeur de cet ange saura redonner le sourire à Anne-Laure...
Commentaire n°1 posté par Nansou le 05/04/2009 à 17h49
Quelle tristesse... j'admire les réactions de la famille.
Je pense au choc de l'annonce, tant pour la famille que pour l'interne.

Je souhaite une belle grossesse à Anne-Laure et à son bébé, une belle naissance et une belle vie.
Commentaire n°2 posté par Casse-bonbec le 05/04/2009 à 21h36
Je suis très émue pour toi, petilou... J'avais déjà lu ton histoire, elle me remue toujours autant! Tu as vraiment bien géré ça...

Belle grossesse à toi!
Commentaire n°3 posté par Fanni le 06/04/2009 à 13h34
C'est super touchant, j'en ai la chair de poule et j'avoue que c'était ma seule crainte enceinte, surtout après avoir attendu plus de 2 ans pour que ça marche!
Commentaire n°4 posté par delphine le 07/04/2009 à 12h02
Encore un témoignage poignant... Étant enceinte, je sais que je ne devrais pas les lire, mais c'est une crainte présente à chaque grossesse, et la lecture de tous vos témoignages m'aident à l'exorciser... C'est un sentiment contradictoire, mais pourtant réel...

Je pense fort à toi Anne-Laure et à toutes ces autres mamans qui doivent affronter de si durs moments. Je vous souhaite du courage et beaucoup d'amour.
Avec toute mon amitié...
Commentaire n°5 posté par mavalca le 08/04/2009 à 12h11
Je ne sais jamais quoi dire. Tant d'émotions à la lecture de ton témoignages. Pourtant je connais déjà ton histoire. Je t'embrasse, merci de te livrer à nous
Commentaire n°6 posté par Julie le 09/04/2009 à 21h35
Je compatis sincèrement, j'en ai les larmes aux yeux... Durs souvenirs...
Commentaire n°7 posté par Valérie le 17/05/2009 à 12h45
Témoignage poignant...je me reconnais dans celui-ci! Pour ma part, la nature me l'a retiré aussitôt, les saignements sont apparus 6 jours avant l'écho de datation et ce, sans douleur dans le bas-ventre mais l'annonce de la fausse-couche a été comme un coup de poignard, pourtant j'ai eu ce pressentiment étrange que nul autour de moi ne comprenait...c'était en septembre 2008.
Au jour d'aujourd'hui, j'attends également un petit bout pour la fin d'année.
La nature avait tout simplement bien fait les choses et désormais les cygognes ont enfin répondu à notre appel.

Merci pour ce témoignage.
Commentaire n°8 posté par Isabelle le 05/06/2009 à 00h26
Que de souffrance Anne-Laure, mais je comprends ce choix qui a été le tien. Lui dire au revoir, clore l'histoire. Quelle page difficile ! Votre Gaël/lle veille sur vous ! ET quel bonheur de savoir que tu attends une heureux événement pour la fin de l'année. Courage !
Bisous
Commentaire n°9 posté par Bérengère le 30/06/2009 à 14h52
De blog en blog, me voici ici.
Et les larmes montent en lisant ces témoignages…
Je n'ai su te garder que 7 semaines, j'ai essayé de me convaincre que ce n'était rien, à 24 ans, j'avais bien le temps.
Mais à chaque lecture sur ce sujet, ma gorge serrée d'émotion me prouve bien que j'étais déjà ta maman…
J'ai 31 ans. J'ai maintenant 2 enfants. Je savoure cette chance infinie.
Je vous souhaite à toutes beaucoup de courage.
Commentaire n°10 posté par Maman illustratrice le 09/07/2009 à 12h47
Je sais ce qu'à vécu cette maman, car j'ai vécu à peu près le même drame en avril - mai 2009. Ce témoignage fait du bien car perdre son bébé in utéro n'est pas vraiment considéré par le corps médical, c'est juste un foetus pour eux, et les mamans car ont le devient dès le 1er jour de grossesse pour moi!Pour ma part, c'était mon enfant! j'aurai toujours mon petit amour de 3 mois foetal dans mon coeur à jamais... Son coeur à aussi cessé de battre sans vraiment de signe avant coureur, mais on ressent quand il y a un problème, Ils me l'ont fais gardé 3 semaines mort dans mon ventre et le 11 mai, j'ai mis les comprimés en place pour qu'il ou elle me quitte, la pire épreuve de ma vie! Mon ami et espèrons une autre grossesse mais ce petit foetus sera toujours mon 1er bébé! Je souhaite à toutes les femmes une grossesse heureuse, et un bébé en excellente santé !!!
Commentaire n°11 posté par Aurélie le 15/07/2009 à 22h25
Je vais venir lire tous ces témoignage, moi aussi j'ai perdu un bébé suite à une img ...
Commentaire n°12 posté par Liberte d'allaiter. le 11/08/2009 à 11h36
J'ai tremblé en vous lisant. Merci pour ce partage d'émotion. Bravo pour votre courage et le chemin parcouru.
Commentaire n°13 posté par Sarah Levi le 24/08/2009 à 12h18
Mon Dieu que ça me rappelle deux dechirements de coeur...
Commentaire n°14 posté par shirley ze pap aujourd'hui à 01h06
 
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