Deuil périnatal: le témoignage d'Anne Laure

Publié le par Claire / Jellylorum

 


Le temps m'a manqué pour continuer les témoignages sur le deuil périnatal, mais j'en ai malheureusement encore beaucoup à vous faire partager.
Aujourd'hui, c'est Anne Laure qui vous livre son histoire. Après la fausse couche qu'elle raconte ici, elle a eu beaucoup de mal à tomber à nouveau enceinte. Mais je suis très heureuse de vous annoncer qu'après bien des souffrances, elle attend un petit bébé pour la fin de l'année.


Une petite perte de sang en milieu de cycle, des seins soudains énooormes et des envies pressantes de faire pipi toutes les 5 minutes… Nous avons su très tôt que tu venais de te faire une place dans mon ventre. A la confirmation apportée par le test urinaire et la prise de sang, nous étions comme dans un rêve, nous ne touchions plus terre. Nous nous sommes précipités vers le téléphone pour l’annoncer à nos parents qui eux aussi attendaient cette heureuse nouvelle depuis longtemps.


J’avais passé des mois à lire, me documenter mais tout d’un coup je ne me projetais plus dans l’après-naissance : je ne sentais déjà tellement comblée, tellement bien. Je n’avais plus besoin de rêver : tu étais là. Mon mari aussi était heureux : un énorme bouquet de roses livré un matin, un power point sur notre vie de couple et son merveilleux accomplissement : autant de petites attentions pour me redire son amour.

Quelques jours ont passé. Un premier incident est arrivé : une agression dans la rue qui m’a laissé tremblante, traumatisé ; un passage aux urgences devant des premières pertes de sang, un interne qui ne voyait pas de bébé à l’écho. Puis les mots rassurants de la sage-femme et de ma maman : fais-toi confiance, écoute ton corps. Je continuais à me ruer sur la viande rouge et le jus d’orange et à courir faire pipi toutes les 5 minutes. Tu étais toujours bien là.
7 semaines : l’écho de datation. Nous te découvrons petite noisette dont le cœur bât bien. C’est la joie la plus totale.

Période de vacances : longue ballade en vélo et soudain de nouveaux des saignements. Crainte immense, culpabilité qui jamais ne s’en ira : et si j’étais restée tranquille au lieu de continuer à courir, nager, serais-tu encore là ?
J’ai mal au ventre mais les saignements s’estompent. On essaie de me rassurer : ça arrive de saigner en début de grossesse… Mais moi je sais, ce n’est plus comme avant : pourquoi personne ne veut-il me croire, m’entendre ? C’est moi qui te porte, je sais que tu n’es déjà plus en vie…

Nouveau déplacement aux urgences. J’en suis à 10 semaines pile. Ton rassurant de l’interne. Puis écho : je ne comprends pas l’image, rien ne bouge, où es-tu ? Le visage du jeune interne se décompose, sa voix s’étrangle (j’apprends par la suite que c’est la première fois qu’il doit annoncer une telle nouvelle). Il fait venir l’obstétricien de garde : « il n’y a plus d’activité cardiaque chez le fœtus. Quand voulez vous que nous programmions le curetage Madame ? » Le fœtus ? Il parle de mon enfant ! L’activité cardiaque ? De son cœur qui battait encore 3 semaines auparavant. Je suis en larmes, choquée, mon mari aussi. L’interne essuie ses yeux du revers de sa manche. Il a le cœur tendre. Je refuse le curetage, demande un protocole médicamenteux. L’obstétricien insiste, parle d’hémorragie, de douleurs, de prise de risque. Moi je ne pense qu’à lui que je veux accompagner jusqu’au bout. Il ne partira pas comme ça. Je le refuse.

Nous rentrons chez nous.

On est à la veille du 15 août, le protocole médicamenteux n'a été prévu que 3 jours après. Ma maman, ma belle-mère s’inquiètent de mon choix, craignent les conséquences.

Je suis épuisée : je les écoute et prend rdv pour le curetage. Je vis mal le fait de te savoir mort en moi et pourtant je redoute cette anesthésie ; me réveiller sans toi sans avoir eu la fin de l’histoire.

Et puis la nature en a voulu autrement. Mon corps a écouté mon cœur.

Je suis réveillée en pleine nuit 2 jours avant le curetage. La douleur était soudaine. Je perds une quantité de sang très importante. Mon mari est près de moi. Je sens son regard inquiet, désemparée. Ma maman aussi est là car on est en vacances chez mes parents. L'hôpital est à plus de 40 minutes de la maison. On choisit de rester. Une contraction est plus forte qu'une autre. Il y a quelque chose dans le papier quand je me suis essuyée. Ma maman me conseille de ne pas trop regarder. J'ai vu quand même. C'est violent mais je sais maintenant que cette violence était nécessaire. Puis la douleur s’arrête et les pertes de sang s’atténuent en quelques minutes. Cela ressemble juste à des règles.

Je ne suis pas sûre sur le moment que c'est fini. Le lendemain matin maman me dit qu'elle a enterré dans le jardin ce petit ange. Je réalise que tu es parti. Je l'a remercie de ce geste car sur l'instant j’avais trop mal pour penser mais maintenant cela me rassure de me dire que tu n’as pas fini son chemin de vie dans les toilettes.

Puis le lundi on se rend à l'hôpital pour le curetage. Je suis à jeun et j'ai pris une douche en me lavant à la bétadine rouge. J’ai peur. J'explique à l'interne ce qui s’est passé et il fait une écho avant l'intervention. A l'image, il n'y a plus rien, que de la muqueuse utérine épaissie. Il me félicite comme si je venais de passer un examen scolaire et me donne deux comprimés pour évacuer le reste.

On rentre chez nous. Je prends les cachets. La douleur est bien pire que l’expulsion naturelle. Je n’arrive pas à monter les escaliers qui me mènent à ma chambre. Mon mari doit me porter. Cela a duré 4 heures.

Le soir c'était fini. Je n'avais plus mal.

Seul mon cœur continuait de saigner.

Il saigne toujours.

C'était en août 2007. Tu t'appelles Gaël/le. Tu t'appelleras toujours comme ça.

 

Anne-Laure

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brosse à langue 15/02/2015 16:29

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Mamajdida 21/06/2013 17:19


Trés poignant, je me revois un peu dans cette epreuve sauf que j'etais seule et sur des toilettes, mais il est vrai que pour moi cette expulsion naturelle a été pour moi nécéssaire,j'ai tout vu
tout sentis j'en avais besoin pour réaliser, je ne l'ais pas prénomé et pour moi c'est mieux comme ca, j'ai perdu 3 ptits anges et aujourd'hui hamdoullah je porte la vie et la naissance de ma
puce est prevu pour dans 5 semaines et demi...

Alain 29/04/2013 15:16


bonjour à tous,


Le deuil est une période difficile à vivre d'autant plus lorsqu'il s'agit du deuil d'un enfant. Je vous invite à lire cet article : Le deuil périnatal.

Josianne 23/08/2011 01:36


J'ai aussi vécu le deuil périnatal, je vous invites sur mon blogue pour connaitre notre histoire à moi et ma belle Alexia...
http://josyloup25.eklablog.com/accueil-c940460